C’est probablement la révolution la plus longue de l’histoire… La plus lourde en pertes humaines aussi : des milliers et des milliers de martyrs au fil des décennies, des millions de déshérités à l’intérieur d’un pays qui leur a été dérobé pour être jeté en pâture à des étrangers, et qui s’est transformé, de ce fait, en « cause sacrée ». À l’extérieur, éparpillés aux quatre vents, ces déshérités pèsent de tout leur poids sur la conscience de l’humanité et dénoncent le complot des « États », proches ou lointains, États qui lésinent sur l’aide (tentes, écoles ou moyens de subsistance), États qui ne leur proposent que des lieux d’exil en guise de refuge, dans l’espoir qu’ils oublient, qu’ils se fondent, qu’ils baissent les bras ou deviennent des ouvriers officiant sur les chantiers de construction des colonies, érigées à l’emplacement même des maisons qu’ils ont abandonnées mais qui sont encore empreintes de l’esprit de leurs aïeux.
Le mouvement national palestinien ne compte plus ses ennemis ni ses pourfendeurs. Il est demeuré plus petit que sa cause et dans l’incapacité d’en porter l’étendard. Et l’incapacité est le chemin le plus court qui mène aux accusations mutuelles, au doute et à la perdition.

Une Palestine… brodée des noms des martyrs
Le registre des martyrs est si épais, qu’égrener leurs noms reviendrait à dénombrer les oliviers, les orangers et les branches de jasmin qui couvraient les maisons, mêlant leurs parfums au souffle de leurs habitants. Ils sont les descendants directs de ceux qui ont côtoyé le Christ, bâti la mosquée Al-Aqsa et l’Église du Saint-Sépulcre, mais ils continuent d’arpenter leur chemin de croix alors qu’aucun espoir de résurrection ne se profile à l’horizon…
Pourquoi les Palestiniens n’ont-ils pas triomphé ? Cette question résonne dans la conscience du monde entier et taraude leurs frères arabes. Les raisons de l’échec sont en fait innombrables. Ainsi, chaque partie impliquée, à l’intérieur, au plus profond de l’intérieur et dans le voisinage frère, y trouve son compte, un compte qui accable la conscience. Nos réflexions sur la Palestine ne suffisent pas, ne suffiront jamais à répondre à cette question lancinante. Mais elles aspirent à renouveler le processus de questionnement afin de raviver le combat pour la libération qui est en passe de devenir un rêve.   
La Palestine reste la cause privilégiée d’As-safir. Nous y croyons encore, et plus que toujours. Ses villes peuplent nos pages. Pour affermir le dialogue en mettant le sacré au service de la « cause », nous avons souvent mis en valeur dans nos articles la ville de Jérusalem, première des deux qiblas et troisième lieu saint de l’islam.
Les questions que nous posons continuellement sur l’échec ne visent pas à stigmatiser les combattants qui se sont immolés à vil prix sur l’autel de la Terre sainte. Elles tendent au contraire à enrichir la discussion autour des causes de la défaite subie par le passé. Quant à notre conviction, elle reste immuable : la voie vers la Palestine est balisée des noms illuminés des martyrs. Impossible de se fourvoyer sur le chemin du retour.

Talal Salman est le président-directeur général et le rédacteur en chef d’As-Safir.