« Le plus médiocre des mâles se croit en face des femmes un demi-dieu », écrivait Simone de Beauvoir. Réel ou illusoire, cet état de fait serait une des sources des crimes commis par les hommes. La sociologue Germaine Tillion approfondit cette  pensée : « Dans toute la Méditerranée Nord et Sud, (…), un petit mâle de sept ans est déjà dressé à servir de chaperon à sa soeur, ravissante adolescente dont il sait très exactement à quel  genre de péril elle est exposée. Or, ce risque est présenté à l’enfant comme une cause de honte effroyable qui doit précipiter dans l’abjection la totalité d’une famille pleine d’orgueil, et il est, lui, moutard mal  mouché, personnellement comptable vis-à-vis des siens du petit capital fort intime de la belle jeune fille qui est un peu sa servante, un peu sa mère, l’objet de son amour, de sa tyrannie, de sa jalousie… bref, sa soeur… Rien d’étonnant à ce qu’une pareille “mise en condition” du petit homme aboutisse dans toute la Méditerranée à un certain nombre de crimes stéréotypés (les crimes d’honneur) » (Germaine Tillion, Le Harem et les cousins).

Au Liban, les crimes d’honneur continuent à exister, redoutables, fatals. Ils horrifient la population et hantent les mémoires. Ces crimes d’honneur, Lara Kanso a décidé de les mettre en scène à travers une performance théâtrale en hommage à Zahwa, une camarade de classe victime de ce genre de crimes. Transcender le destin tragique de cette femme, symbole de toutes les femmes, à travers un spectacle où s’expriment plusieurs langages artistiques, tel est le but de cette pièce de théâtre intitulée Les Noces de Zahwa. La performance est un dialogue entre la peinture de Jean-Marc Nahas, la danse contemporaine, avec Wafaa Halawe chorégraphiée par l’artiste japonaise Kazumi Fuchigami, les textes de Abbas Baydoun, Mahmoud Darwich et Marguerite Duras, interprétés par Marwa el-Khalil (dans le rôle de Zahwa), sur fond de chant soufi et de musique orientale.