Le français a largement usé d'un féminin que j'appellerai matrimonial, puisqu'il servait à nommer les femmes uniquement à partir de leurs places d'épouses. Comme tant d'autres noms féminins, la pharmacienne a longtemps désigné la femme du pharmacien, comme l'ambassadrice était l'épouse de l'ambassadeur, la mairesse la femme du maire, pour ne rien dire de l'étudiante qui signifia un moment la maîtresse de l'étudiant ! Ces exemples parlent d'eux-mêmes et donnent une raison suffisante pour rompre avec un usage selon lequel les femmes n'avaient d'autre statut - ni d'autre nom - que celui de leur époux ou de leur amant. La survivance déplacée du féminin matrimonial laisse aux femmes les titres qu'elles doivent à leur mari alors qu'il convient de les attribuer à celles qui les méritent elles-mêmes. »

* Sylviane Agacinski, Politique des sexes, Paris : Editions du Seuil, Collection Points-Seuil, 1998