A l'ère des extrémismes, la presse modérée devient orpheline. Si, aujourd'hui, les médias libanais vivent une crise d'ordre financier sans précédent, force est de constater que ce sont les journaux les plus circonspects qui en sont le plus frappés. Dans cette phase de guerres irrationnelles qui embrase la région, il semble bien plus aisé de trouver des financements pour l'attisement des conflits que pour la pondération des idées.
Notre concept est le suivant : le quotidien As-Safir est un journal modéré, qui prêche la paix, la tolérance et la résolution des conflits de la région par la voie de la négociation. Propager la pensée politique de ce quotidien, et telle est la mission essentielle du Safir francophone, c'est en quelque sorte propager la modération et conforter la stabilité.
C'est que « la modération doit être le premier soin de l'homme ». Il y va, en tout cas, du salut de la région pour les décennies à venir.
Cela sur le plan régional. Sur le plan local, As-Safir va encore plus loin, indiquant souvent la voie à suivre à une classe politique qui emmène insouciamment le Liban à la dérive, lui proposant des solutions tangibles pour sortir de l'impasse. « La raison discute. La sagesse oriente. La connaissance aiguise la vision » : cette classe politique, As-Safir tente d'abord, tous moyens confondus, de la convaincre. Au besoin, il la sermonne, il la réprimande. Dans ce sens, As-Safir remplit une fonction d'éducateur, et la crème de ses articles constitue souvent un véritable enseignement politique.
De fait, la pensée politique d'As-Safir, modelée et dirigée par le grand journaliste Talal Salman, est trop précieuse pour être figée dans le carcan d'une seule langue. D'où la nécessité de commencer un chantier de traduction qui assurera la disponibilité de cette pensée en langue française. Traduire, c'est conquérir de nouveaux espaces, avec de nouveaux lecteurs. Comme le disait Victor Hugo : « Une traduction est une annexion ».
As-Safir représente l'opinion d'un très grand nombre de Libanais, qui refusent l'allégeance à nos politiques politiciens, issus du féodalisme ou du libéralisme rapace, des Libanais attachés à leur patrie, à leur identité arabe et qui n'ont pas perdu leur humanité - c'est-à-dire auxquels les tragédies répétées du peuple palestinien peuvent encore arracher des larmes. Ce journalisme de haut niveau, Le Safir francophone ne prétend en être que modestement le miroir. C'est que la francophonie ne prendra son sens que lorsqu'elle reflètera fidèlement la pensée des peuples.
Le projet du Safir francophone débute aujourd'hui sans sponsor et constitue avant tout un engagement personnel aux côtés d'As-Safir, une déclaration de foi en l'excellence du journalisme arabe.

* Leila Barakat est écrivain. Mars 2014