Ce supplément du quotidien As-Safir aurait dû paraître il y a bien longtemps. Cette hésitation à concrétiser le rêve, et qui a jusqu'à ce jour entraîné son report, est la conséquence de l'incessant climat de guerre imposé aux Libanais, qu'il s'agisse de guerres civiles ou de confrontation, jusqu'aux invasions israéliennes qui ont atteint Beyrouth durant l'été 1982, puis englobé la plupart des régions du Liban à l'été 2006.
Aujourd'hui, avec l'engagement d'une personnalité « militante » tel le docteur Leila Barakat, il est devenu possible de réaliser ce projet ambitieux, d'autant plus qu'elle considère qu'As-Safir a abordé l'âge de la maturité - la quarantaine - et qu'il lui incombe dès lors de s'adresser au «?monde?» sans intermédiaire.
Ainsi, ce projet a pu voir le jour, et voici que vous tenez entre vos mains le premier numéro du Safir francophone.
Il constituera le supplément mensuel du journal As-Safir, dont l'histoire longue de deux générations rend témoignage de sa crédibilité et de son objectivité, sans qu'il ait eu besoin d'occulter ni d'édulcorer son identité politique, comme le proclament ses devises : « Le journal du Liban dans la nation arabe - Le journal de la nation arabe au Liban » ainsi que « La voix des sans-voix ».
As-Safir demeure une source fiable d'information et une référence grâce à ce mouvement de débat intellectuel et pluriel qui l'anime, enrichissant du même coup la vie politique que les vociférations de l'extrémisme religieux et confessionnel étaient sur le point d'anéantir.
Nous souhaitons que ce supplément accomplisse ce pour quoi il existe : faire parvenir une voix libanaise et arabe, nationaliste et progressiste, à un lectorat de l'élite francophone, aux diplomates, aux analystes en stratégie politique, aux étudiants, aux correspondants de presse et aux chercheurs qui éprouvent de la difficulté à appréhender les nuances des pensées, des hantises et des ambitions arabes exprimées dans leur langue originelle.
Le désir d'apporter « la voix des sans-voix » à tous ceux qui s'intéressent à la vie politique ainsi qu'à la confrontation des idées et des opinions, diverses ou divergentes, reste l'un des buts qu'As-Safir s'efforce d'atteindre avec probité, confirmant sa foi dans le rôle du journalisme lorsqu'il s'engage pour la consolidation de la démocratie.
Nous trouvons l'idée de ce supplément d'autant plus pertinente, que la presse francophone au Liban ne représente que l'opinion d'une fraction de la population.
Si le succès frappe à notre porte, c'est le docteur Leila Barakat qui en portera le mérite. Et en cas d'échec, nous en assumerons nous-mêmes la responsabilité.
Je suis pleinement persuadé que ce projet saura mener à bien la mission qui est la sienne, tout comme As-Safir, qui a réussi à occuper la première position au Liban et à devenir un journal influent au sein de son environnement arabe, depuis sa première parution jusqu'à la célébration de son quarantième anniversaire. Ce supplément en français est donc son « cadeau », une réalisation remarquable de plus ajoutée au palmarès de son histoire.

* Talal Salman est le président-directeur général et le rédacteur en chef d’As-Safir